Béatrice
Marie-Thérèse
Solange
Rapha et Cora
Clarisse
Nicole
Freddy


Béatrice (haut)


Béa. On l'appelait comme ça depuis qu'elle était toute petite. Son vrai prénom était Béatrice. Béa adorait les chevaux, elle les aimait plus que tout, depuis qu'elle en avait monté un pour la première fois, à cinq ans. Elle était si heureuse, elle riait, accrochée à la crinière du petit poney noir nommé Pimpon. Ses parents la regardait en souriant. Ils ne se doutaient pas à se moment que c'était un gentil petit cheval capricieux qui allait entraîner leur fille dans un monde qui leur était inconnu, celui des amoureux de ces bêtes à quatre pattes.
- Maman, Papa! Je veux faire du cheval! avait crié Béa en descendant de Pimpon.
A la rentrée suivante, Béa prenait ses premiers cours, apprenait comment bien se tenir droite pour ne pas tomber, comment savoir se faire obéir du cheval sans s'en faire haïr, comment bien le brosser après la monte pour ne pas qu'il tombe malade de la galle de boue par exemple. Elle avait tout de suite montré des dons, si bien qu'a neuf ans elle grimpait sur Guirlande, son premier double-poney et à douze ans elle enfourchait son premier cheval, dans un nouveau club.
Béa adorait ce club. Elle y passait ses après-midi entiers, avec une amie, Amélie, dit Mély. Ensemble, trois à quatre heures avant leur cours, elles passaient en revue tous les chevaux des boxs. Béa avait son chouchou. Eusope, un bel anglo-arabe alezan, jeune encore, et quasiment incontrôlable lorsqu'il était lancé au grand galop. Comme toujours, elle s'approcha de lui par sa gauche.
- Coucou toi…lui souffla-t-elle.
Elle lui flattait les hanches, puis les côtes avant de poser sa main sur son long chanfrein. Elle restait ainsi longtemps à lui parler.
Puis l'heure de la monte arrivait. Béa préparait son cheval, chaque semaine un nouveau, avant de filer dans la carrière.
Quand Béa montait, elle essayait de faire abstraction autour d'elle pour ne faire qu'un avec le cheval et se concentrer avant de se lancer, tel un centaure sur le parcours à effectuer. L'équitation, ce n'est pas le cheval qui fait tout, bien au contraire. Le cheval n'est qu'une partie du centaure, il est les jambes, vous êtes la tête, c'est à vous de le diriger, de contrôler l'allure. Ca ne se fait en appuyant sur un bouton. Et comme les chevaux sont très malins et jamais prêts à se plier aux ordres de son cavalier du premier coup sans rechigner, il faut savoir corriger ses erreurs. Car si vous faites une petite erreur, l'espiègle animal en profite pour vous dérouter. Si un cheval se dérobe devant un obstacle ou s'il s'emballe subitement, c'est que vous avez laissez couler une erreur sans la rectifier et que l'animal en a profité. Les chevaux ne sont pas méchants, juste malins, très très malins.
Béa essayait au maximum de se fondre dans l'animal pour tenter d'anticiper ses réactions et se corriger au premier écart. Bien entendu, il n'y a ni cavalier ni cheval parfait, ainsi les chutes et les accidents de parcours arrivaient de temps en temps.
Ce qu'elle préférait, c'était les ballades dans la nature. Souvent, elle prenait le galop avec son groupe dans la forêt. Alors elle voyait tout défiler dans un tourbillon étourdissant : les arbres, le ciel, les vaches dans les champs voisins, les oiseaux. Parfois elle s'égarait trop loin et en oubliait presque sa monture, ce qui pouvait être dangereux. Mais elle se ressaisissait aussitôt.
Cette année, Béa avait fêté ses quinze ans. Etant en troisième, elle devait passer son brevet à la fin de l'année. Elle avait sacrifié un mercredi après-midi pour réviser. Béa avait été très bonne ces deux dernières années et il ne lui manquait que très peu de points pour l'avoir, ce brevet. Mais son père lui avait promis que si elle avait plus de 90/120, ils s'abonneraient à Canal +. Et Béa le voulait cet abonnement! Tout comme elle voulait réussir plus tard, devenir journaliste sportif, avoir une maison à la campagne avec des chevaux. Elle voulait en faire des choses! Elle en avait des projets! Mais la vie est à vivre chaque jour, sans se préoccuper de ce qui arrivera demain!
Le jour du brevet arriva. Elle passa deux épreuves une journée, la troisième le lendemain matin. Et ça y est, elle était en vacances. Elle hésitait à aller monter le dernier mercredi avant qu'elle, son père, sa mère et ses deux petites sœurs Claire et Axelle ne partent en vacances en Irlande. Ses parents préféraient qu'elle n'y aille pas, et puis finalement ils ont cédé. Après tout, c'était surtout pour remercier son moniteur de cette super année. Elle alla donc au club. Ils devaient faire de l'obstacle, mais avec Mély et une autre fille du groupe, Laura, elles arrivèrent à obtenir une ballade à la place. Mély réalisa soudain qu'elle devait monter Promesse, un cheval qui avait très peur des voitures, or avant de rentrer dans la forêt, les cavaliers doivent d'abord longer une route. Béa l'avait déjà monté une fois en ballade et lui proposa d'échanger leurs montures. Mély accepta, et une heure plus tard, Béa sur Promesse et Mély sur Confiance, le petit groupe partait. Il faisait chaud. Très chaud. Cela rendait les bêtes tendues et nerveuses. Une première voiture arriva en face et Promesse commença à s'agiter. Il levait la tête et piétinait. Heureusement, la voiture ralentit et l'animal se calma. Une centaine de mètres plus loin une BMW bleue arriva à toute vitesse. Promesse se cabra, il secouait la tête et se mit à reculer sur la route. Béa avait beau talonner les flancs de l'animal, il n'y a rien de plus difficile à contrôler qu'un cheval paniqué. La BMW ralentit alors et s'arrêta à une dizaine de mètres de Promesse et Béa, qui se remit dans la file de cavaliers.
- Ca va? demandèrent ensemble Mély et Laura.
Elle leur répondit par l'affirmative. Le moniteur, placé en tête, faisait des signes pour demander aux automobilistes de ralentir, mais ils ne comprenaient pas tous sa signification. Ou alors, certains ralentissaient mais réaccéléraient une fois arrivés au niveaux des cavaliers. Promesse s'agitait à chaque fois. Béa commençait à prendre peur, mais les chevaux sentent la peur de leur cavaliers, et ça peut tourner au drame, surtout quand le cheval a aussi peur que le cavalier. Mais Béa se reprit et enfonça sa peur au plus profond d'elle-même. Enfin ils pénétrèrent dans le bois. Là, la peur s'envola complètement, mais il fallait rester sur ses gardes, plus question de tourbillonner avec le ciel, les arbres et les oiseaux cette fois. Un peu de trotting, puis un petit galop. Le groupe se remit au pas car on arrivait sur une petite route de campagne sur laquelle on n'avait jamais vu rouler ne serait-ce qu'un vélo. Mais pas question de galoper sur le goudron, les glissades sont fréquentes. Béa discutait avec Laura, placé derrière elle. Pas question de se retourner, il faut toujours regarder devant soi à cheval. Et c'est en regardant devant qu'elle vit débouler à deux cent mètres une camionnette blanche. Le moniteur fit signe de ralentir mais la camionnette continuait à foncer...

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Marie-Thérèse (haut)


Comme tous les matins, le réveil de Marie-Thérèse sonna à sept heures. Elle se leva, attrapa un élastique qui traînait sur son bureau et se noua les cheveux avec. Elle descendit dans la cuisine et y trouva ses parents, Marie-Adélaïde et Jean-Baptiste, les mains jointes et les yeux fermés. Comme tous les matins, comme avant chaque repas, ils se récitaient le bénédicité. Marie-Thérèse imita leur position, mais au lieu de réciter la prière, elle se dit :
- Nom de nom! Quand va finir ce cirque? Dans deux ans je suis majeure et je me barre! Pas question de m'éterniser dans cette secte!
Car ses parents étaient profondément croyants, priaient au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner, avant de se coucher, et interdisaient à leur fille unique de manger à la cantine de son collège avec ses amies car ils étaient sûrs qu'elle ne réciterait sa prière là-bas. Dans cette famille, le jeudi était jour de jeûne, le vendredi on ne mangeait que du poisson et on ne parlait pas du dimanche. Or Marie-Thérèse ne croyait pas aux saints, à la Bible, à Dieu ni à rien. Elle était athée, bien que baptisée. En guise de prière, elle joignait les mains, fermait les yeux et pensait à son petit ami de sept ans son aîné qu'elle ne devait surtout pas présenter à ses parents si elle voulait continuer à le fréquenter. Marie-Thérèse étouffait. Ave Maria par-ci, Pater par là, jeûne aujourd'hui, pas de visites demain, elle n'en pouvait plus. Mais elle n'osait se rebeller trop souvent car sinon ses parents l'affligeaient de la "ceinture de bonne tenue" (une ceinture très large en cuir renforcée par du fer lui tenait le bassin droit et une barre de fer lui redressait le menton) que Jean-Baptiste tenait de sa grand-mère. Pire même, ses parents lui imposaient la ceinture chasteté pour la "préserver" avant le mariage.
Or, un jour qu'ils revenaient de la messe de la Pâques, (où Marie-Thérèse avait fait des boulettes avec les pages du livre des chants) une voiture arriva en face et les percuta de plein fouet. Quand Marie-Thérèse se réveilla à l'hôpital, on lui apprit qu'elle était la seule survivante de ce drame. Quelques semaines plus tard, elle se trouvait face au notaire Maître Enne pour prendre connaissance du testament. Elle pensait hériter une jolie somme pour pouvoir ensuite s'installer chez son ami. D'ailleurs, elle avait préparé ses affaires et ses valises l'attendaient dans le couloir du bureau du Maître.
- Mademoiselle, vous avez eu raison de faire vos valises, car selon les dernières volonté de vos parents, je dois veiller personnellement à ce que vous entriez…au couvent Sainte Aghate jusqu'à la veille de ses vingt-cinq ans (pour fêter Sainte Catherine)…
- Quoi! s'insurgea-t-elle. Et…mais je rêve là!
- …et cela dès le jour de la lecture du testament. Mademoiselle, veuillez me suivre!
Il fallut la ceinturer, presque la gifler pour la faire rentrer dans la voiture, entourée par deux gorilles en direction du couvent. A première vue, on aurait dit une forteresse : murs d'enceinte d'une dizaine de mètres de haut, grillage électrifié, portail muni d'un digicode. Impossible pour le nones de s'enfuir. Une fois entrée, la voiture roula sur un chemin de graviers entouré de potagers où s'activaient avec soins et attention des religieuses.
- En plus y faudra chanter des berceuses aux tomates pour avoir sa bouffe! soupira la jeune fille.
L'auto s'arrêta dans une cour où attendait debout une femme en costume noir et blanc. Marie-Thérèse fut tirée hors de la voiture.
- Soit la bienvenue parmi nous, Marie-Claire. Je suis sœur Marie-Odette, la Mère Supérieure de ce couvent.
- 'jour. Et puis moi c'est Marie-Thérèse.
- Oublie tout ce que tu as vécu avant. Tu entames une nouvelle vie avec nous et un changement de vie commence par un changement de nom.
- Cool! Je vais devoir passer dix ans sur les genoux à prier, sans écouter de musique, sans sortir et en plus vous me changez mon prénom! Faut pas vous déranger!
- Maître Enne, veuillez faire suivre les bagages de sœur Marie-Claire jusqu'à la chambre 25 je vous prie. Marie-Claire, suivez-moi.
- Après tout, qu'est ce que je peux faire d'autre? pensa-t-elle.
Elle suivit donc la Mère Supérieur jusque dans on bureau. Elles s'assirent sœur Marie-Odette commença par lui énoncer les règles du couvent : on jeûne le mercredi, on ne parle jamais les mardi et samedi après-midi en-dehors des heures de prières, qui sont au nombre de cinq par jour, on n'écoute pas de musique non-religieuse, on ne regarde jamais la télévision que le dimanche matin pour les émissions chrétiennes, pas de visites et le dimanche on sort dans la rue pour aider les plus démunis.
Puis elle emmena Marie-Thérèse dans un vestiaire et la fit vêtir de la robe noire et du voile blanc dans les cheveux réglementaires avant de l'emmener dans sa chambre. Elle la découvrant, la jeune fille retint un cri. Il n'y avait qu'un lit, une table basse un évier en pierre et la porte d'entrée se verrouillait de l'extérieur. Dans un coin, une malle pour ranger ses affaires.
- Bon, je vous laisse vous installer. Je viendrais vous chercher dans une heure pour le dîner.
Et elle sortit en verrouillant la porte derrière elle. Marie-Thérèse se rua sur son sac et en sortit son téléphone portable. Elle composa le numéro de son petit ami.
- Allô? Paul?
- C'est toi ma puce? Ca va?
- Non! Ca va pas du tout! cria-t-elle.
- Calme-toi. Je croyais que tu devais me rejoindre dans mon appart'. Qu'est ce qui s'est passé?
- Au couvent! Dans leur testament mes parents voulaient que je croupisse dans un couvent jusqu'à mes vingt-cinq baluches!
- Attends…tu te fous de ma gueule là…
- Non, je te jure que c'est vrai!
- T'es au Saint Aghate?
- Oui!
- Merde…tu comptes…
- Non je compte pas rester là!
- Restons zen. Y'a un moment de s'échapper?
- Non! C'est un vrai camp de concentration!
- Y'a des visites?
- Jamais!
- Regarde si y'a pas des endroits où tu pourrais passer.
- D'accord. Je te rappelle demain.
- Bye. Je t'aime. Et je te laisserais pas là-dedans.
- Moi aussi je t'aime.
Et elle raccrocha. Elle inspecta la fenêtre : scellée! Elle pourrait toujours faire sauter les montants. Non, il y avait des barreaux derrière. Elle se prit la tête entre les mains. Son portable! Il fallait absolument le cacher! Elle regarda autour d'elle et en ouvrant la malle, elle y découvrit une énorme Vierge en plastique creuse. Elle sortit son Opinel de son sac et commença à en découper le fond. Lorsqu'elle y parvint, elle glissa son téléphone à l'intérieur et remit le couvercle.
- Exempte du péché originel, hein ma belle. Moi aussi jusqu'ici. Mais j'ai quand même l'intention d'y remédier avant mes vingt-cinq balais! A mon avis, t'as loupé quelque chose!
On frappa à la porte.
- Sœur Marie-Françoise? fit une voix fluette.
- Heu, non, c'est Marie-Claire.
- Oh! Puis-je entrer ma Sœur?
- Faites.
Le verrou glissa et la porte s'ouvrit sur une petite bonne femme d'une cinquantaine d'année.
- Vous êtes nouvelle au couvent? Je n'avais pas été informée de votre arrivée. Je me présente : sœur Marie-Patricia.
- Enchantée. Je suis arrivée cet après-midi.
- L'endroit vous plaît-il?
- Et bien…disons que ça n'a rien à voir avec mon ancienne maison.
- Vous resterez longtemps?
- Je ne pense pas, non.
- Bien. Je dois vous laisser. Le dîner est dans une heure.
- Si tôt! Mais il n'est que cinq heures!
- Mais si nous mangions plus tard nous raterions la prière de sept heures.
Et elle sortit. Marie-Thérèse tendit l'oreille : Marie-Patricia n'avait pas bloqué le verrou. Elle en profita et, après avoir jeté un coup d'œil dans le couloir, elle courut jusqu'au jardin. Elle gagna les murs et fit tout le tour de l'enceinte. Pas un passage dans les grillages électriques, pas une pierre manquante aux murs de pierre dont le haut large d'un bon mètre et incliné vers l'intérieur était recouvert de morceaux de verre cassé. Elle atteignit le portail et s'approcha du digicode. Au pif, elle tapa quatre numéros : 4-8-6-0, et valida. Un message déroula alors en rouge sur l'écran : "Code faux, veillez entrer le numéro de code comprenant huit chiffres".
- Huit! Mais c'est Auschwitz ce couvent!
Elle s'approcha d'un homme qui gardait l'entrée.
- Excusez-moi.
- Oui, ma sœur?
- Y a-t-il beaucoup de visites?
- Non, un prêtre vient tous les dimanches soirs en tant que confesseur, sinon, il y a deux ou trois camions de ravitaillement par mois.
Marie-Thérèse lâcha un soupir de découragement.
- Mais je vous reconnais! s'écria l'homme. Vous êtes la jeune fille que l'on nous a amené il y a une heure ou deux et qui ne voulait pas rentrer!
- Oui, c'est moi.
- Et tu veux t'enfuir, hein?
- Oh que oui!
- Je peux peut-être faire quelque chose pour toi.
- Ah oui?
- Ouais, tu vois cette clé? C'est le seul exemplaire de tout le couvent. Elle sert à donner l'alerte quand quelqu'un veut entrer ou sortir par effraction. Donc, je pourrais t'ouvrir la porte sans risque qu'on sonne l'alarme. Viens ce soir après la prière de onze heures. Mais…
- Mais…?
- Je travaille pas gratos.
- Je dois avoir deux ou trois cent francs dans mon sac.
- Ca ira. A ce soir. Onze heures, ici même.
- Bien. A ce soir. Et merci.
Et elle rentra pour dîner.
La nourriture était infecte, mais Marie-Thérèse était trop excitée pour manger. Après le dîner, elle fila dans sa "chambre".
- Je viendrais vous chercher pour la prière de huit heures! avait prévenu sœur Marie-Marcelle, sa voisine de chambre.
Marie-Thérèse Prit son sac, y fourra son portable, son portefeuille, quelques vêtements et surtout sa carte de crédit, la fortune de ses parents se trouvant maintenant sur son compte, même si elle n'aurait pu y accéder qu'à sa sortie du couvent.
- Le testament promet que le magot sera à moi dès ma sortie du couvent, que ce soit à seize ou à vingt-cinq ans. pensa-t-elle.
Quelques minutes plus tard, elle se rendait à la prière de huit heures. A neuf heures, c'était l'heure des chants religieux. La Mère Supérieure remarqua vite la jolie voix de Marie-Thérèse et elle ordonna aux autres sœurs de la laisser en solo pour chanter "Gloria, in eshershis deo". A dix heures, les sœurs se replongèrent dans la prière.
- Bon, je sais pas si vous existez ou pas mais, je vous en prie, faites que tout se déroule bien ce soir! Faites que l'on renonce à me rechercher! Amen.
Elle fit le signe de la croix à l'envers et se leva en direction de sa chambre. Une fois arrivée, elle enfila un jean et un tee-shirt sous sa robe et, dans sa précipitation, oublia de quitter sa ceinture de chasteté. Puis elle frappa à la porte.
- Oh, hé! souffla-t-elle.
Elle entendit des pas se rapprocher.
- Qu'y a-t-il, Marie-Claire.
- Je…je ne me sens pas très bien. Pourrais-je sortir un instant respirer dans le jardin? Sinon, je sens que je ne vais pas bien me sentir.
- Bon, soit. Mais promettez-moi de revenir dans une demi-heure.
- Vous avez ma parole.
La porte s'ouvrit.
- Un instant Marie-Claire? Qu'y a-t-il dans ce sac?
- Une statuette de notre Sainte Vierge et des livres de prières.
Elle sortit la Vierge de plastique du sac et la montra à l'autre sœur.
- Bien. Sortez. Et n'oubliez pas : une demi-heure.
- Que le Seigneur me garde de vous trahir.
Et elle sortit. Précautionneusement, elle traversa la cour et se rendit au portail. L'homme était là.
- Parfait. T'as tout? Viens dans la cabane, je vais t'expliquer le plan.
Et elle le suivit dans un petit cabanon qui devait servit d'abri de jardin autrefois. Il s'assirent face à face sur le plancher.
- Voilà. Je vais t'ouvrir la porte en prenat garde de ne pas alerter les autres gardiens. Ensuite tu iras à droite, deux cent mètres plus loin, j'ai planqué un vélo dans un buison. Ensuite, tu te casses où tu voudras. Compris?
- Compris.
- Bon. Passons aux choses sérieuses? T'as combien?
- Heu…Cent, deux cent…deux cent-cinquante et des poussières. Au fait, et ma robe?
- Enlève-là et planque-là derrière cette vieille tondeuse à gazon.
Elle s'excécuta.
- Bon. Deux cent-cinquante c'est pas assez, hein. T'avais dit trois cent.
- Mais je les ai pas!
- Bon, c'est pas grave. On va arrondir. Vire ton jean.
- Pardon?
- T'as très bien entendu. Tu vires ton jean.
- Non, attendez…vous voulez ma montre? Mon portable? Mes Nike?
- Tu vires ton jean! rugit-il en se ruant sur elle.
Le bonhomme était un vrai bâtiment : musclé à ne plus en pouvoir et, ayant une vingtaine d'année, possédant une force inimaginable. Marie-Thérèse se débattait comme elle le pouvait mais l'autre l'assenait de gifles. Il poussa un soupir de satisfaction après lui avoir ôté son jean. Son long tee-shirt couvrait sa ceinture de chasteté. L'homme commença à baisser son pantalon mais il rugit de rage en découvrant le "slip-forteresse" de la jeune fille.
- Bordel, ça s'ouvre comment ce truc!
- Hein? murmura Marie-Thérèse.
Il lui prit les épaules et l'ammena à lui.
- Ecoute ma jolie putain. Tu vas te défaire de ce truc, sinon je te l'enlève moi-même à coups de canif.
- Je…je…
- C'est ça, dis rien. On va s'amuser un peu en attendant l'orgasme.
Et il enfonça sa langue dans la bouche de Marie-Thérèse et la tourna dans tous les sens. Ses grosses mains lui caressait le dos, les seins, le ventre, les cuisses.
- Tiens, occupe-toi de celui-là. Et gare à toi si c'est pas bien fait.
Il prit lui prit la tête et la plaça entre ses deux jambes. L'homme lui enfonça son "excroissance génitale" (pour rester polie) dans la bouche. Marie-Thérèse prit peur et referma ses mâchoires par instinct. L'homme poussa un hurlement de douleur. Marie-Thérèse se redressa, remonta son pantalon, prit son sac et s'enfuit en pleurant en direction du couvent.
Par manque de chance, elle croisa la Mère Supérieure dans les couloirs.
- Ma mère, je vais vous expliquer, sœur Marie-Francine m'avait accordé une sortie.
- Je suis au courant. Mais que faites-vous dans cette tenue? Qu'avez-vous fait de votre robe?
- Heu…je vais tout vous expliquer…
- Nous verrons ça demain. Allez vous coucher et rendez-vous dans mon bureau à sept heures précises!
Marie-Thérèse regagna sa chambre et pleura toute la nuit. Le lendemain, à six heures on lui apportait une nouvelle robe et à sept heures elle se trouvait face à la Mère Supérieure.
- Le fait que vous quittiez votre robe était l'abre qui cachait la forêt. Mais il se trouve que ce matin j'ai reçu la visite de Damien, notre vigile, qui m'a rapporté que vous aviez voulu vous offrir à lui! Qu'avez-vous à répondre à cela?
- Et bien, la véritable version est toute autre. Cet homme m'a proposé de m'aider et je devais le rejoindre près du portail. Il m'a emmené dans un cabanon pour m'expliquer. Il a donc tenté de me violer.
- Vous aidez à faire quoi?
- Heu…à bien faire pousser les tomates pour vous toucher et vous montrer ce que je vaux.
- Jurez-vous de dire la vérité?
- Oui. Je vous le jure. Les bleus qui couvrent mes épaules, les hanches et les griffures sur mes cuisses, c'est lui qui me les a infligées. Je n'était pas consentante.
- Bien. Je vous fait confiance, mais vous avez violé le règlement et vous avez tenté d'acheter notre complaisance. Savez-vous que l'orgueil est un péché capital? Je ne peux tolérer ceci. Vous serez donc châtiée : vous commencerez par présenter vos excuses à Damien, ensuite vous irez faire quinze Pater et douze Ave Maria en espérant que notre Seigneur vous le pardonne. Je vais vous conduire à l'infirmerie.
Là-bas, on la laissa avec Damien.
- Alors? Il a quoi au juste le violeur?
- Une profonde plaie à sa virilité, pétasse.
- C'est bon! Faut t'calmer! T'avais qu'à te tenir, prendre les deux cent-cinquante balles et me laisser me barrer, Rocco!
- T'as raison. Mais dans ce trou paumé y'a personne à baiser! On peut pas plus que vous! Maitenant je pourrais encore moins.
- Allez, c'est qu'une question de temps. Tu pourras bientôt triquer comme pas deux! Je te laisse.
Et elle sortit, direction sa chambre, étroitement surveillée par la Mère Supérieur et deux autres sœurs. Une fois dedans, elle prit la Vierge, en fit sauter le fond et prit son portable.
- Paul?
- Enfin toi! Alors, y'a un espoir?
- Non, j'ai tenté un truc avec un vigile mais il voulait que j'y laisse ma virginité. Je suis toujours coincée là.
- Tu l'as toujours?
- De quoi?
- Ta virginité?
- Bien sûr idiot! Bon. J'ai une idée, mais c'est nôtre dernière chance. Demain, c'est dimanche.
- Je sais, et alors?
- Ecoute. On va se rendre à l'église Sainte Hélène pour la messe et toi tu m'attendras devant. J'essaierais de me mettre en dernier. Tu m'appeleras "Ma sœur" et je viendrais vers toi pour faire sempblant de te donner conseil et foi. Tu suis?
- Oui.
- Bon, par contre avant, il faudra que tu achète deux-trois magazines gays. Arrivée au couvent, je les laisserais tomber devant ma porte et je reconnaîtrais que ce sont les miens. Si je me fais pas virer avec ça!
- Ok. Après tout au point où s'en est. y'a plus qu'à prier pour que ça marche.
- C'est pas drôle.
- Excuse-moi. A demain, ma puce.
- A demain. Je compte sur toi.
Et elle raccrocha.
Dimanche arriva. Le couvent se réveilla tôt. A six heures les nonnes arpentaient les rues. Marie-Thérèse pensait que c'était pour aider les prostituées ou les drogués dans l'impasse, mais elle se rendit bien vite compte que le monde du clergé est beaucoup moins solidaire qu'on pourrait le croire. Les nonnes lançaient des "Et que Notre Seigneur puisse avoir pitié de votre miséricorde. Si vous aviez la foi, Il ne vous laisserait pas ainsi. Les païens ne méritent que de s'attirer les démons de Satan et Belzébuth!"
En un mot, ou tu as la foi et tu te dis que c'est parce que tu as été méchant que Dieu t'as fais cette vie et tu ne dis rien pour ne pas t'attirer les foudres divines, ou tu es athée et tu hurles à l'injustice auprès de la société et des politiciens et t'as ainsi au moins une excuse pour gueuler. La foi aide la foi, l'idée de révolte éveille l'esprit païen. Je ne veux ni défendre ou accuser l'un ou l'autre, mais je remarque juste que les chrétiens entiers, baignant dans la religion et ne jurant que par ça s'en réfère toujours au Même, les autres gueulent à droite à gauche et des fois ça fait mouche, et des fois pas. On veut croire à la chance des deux côtés.
Bref, l'heure de la messe s'annonça et le cœur de Marie-Thérèse failli s'arrêter de battre quand elle vit Paul assit sur le perron. En la voyant, il réprima d'abord un fou rire avant de l'interpeller.
- Il est de votre devoir d'aider tout bon chrétien après ce que vous avez fait, lui souffla une vieille nonne inconnue de la jeune fille.
Elle s'approcha de son aimé.
- Voilà. J'ai tout. Tu crois que ça va marcher?
- Je sais pas…
- Eh?
- Quoi?
- Je te laisserais pas moisir là-dedans.
- Merci. Donne-moi le barda.
Elle glissa les magazines sous sa robe et les mit à plat sur son ventre.
- Dieu vous bénisse mon fils.
- T'inquiète, je t'en ferais, des fils.
- Et des filles!
- C'est ce qu'il y a de mieux!
- Je t'aime.
- Moi aussi. Allez, va.
- Amen.
Elle fit le signe de la croix et entra dans l'église.
Que le temps lui sembla long jusqu'au retour au couvent. D'habitude, à la messe, elle emportait son stylo bille-sarbacane, se mettait dans le fond, arrachait les feuilles du livre des cantiques et visait les enfants de cœur. Mais là, quand il faut prier, remercier, chanter, et manger l'horrilement dégoûtante ostie sous l'œil de la Mémère Supérieure, on s'ennuie un peu plus. A l'arrivée au couvent, elle traîna un peu derrière et quand les autres furent loin devant, elle sortit un magazine, jeta un coup d'œil coquin et rapide sur le contenu et le déposa au milieu du couloir et posa les deux autres devant la porte de sa cellule.

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Solange (haut)

- Tu le sens bouger? fit Solange en caressant la tête de son mari posée sur son ventre.
- Oui. A ton avis, ce sera une fille ou un garçon? demanda Gaëtan.
- Je ne sais pas. Je veux avoir la surprise.
Elle soupira. Gaëtan l'embrassa et déposa un baiser sur le ventre de sa femme.
- Combien de temps déjà?
- Trois mois…
C'était leur premier enfant, après deux ans de mariage. Solange était une gentille caissière de vingt-six ans, pleine d'humour et débordante de générosité. Gaëtan, lui, avait prit une année de disponibilité auprès de son patron de banque pour suivre la grossesse de sa femme, la naissance de leur bébé et les premiers mois de celui-ci.
- Il sera grand et beau comme son père, notre bébé.
- Et tendre comme sa mère!
- Comment on l'appellera, au fait?
Ah! L'éternel problème du prénom! Il ne le faut pas démodé, courant, chacun voudrait donner un nom qui rendrait son enfant si unique!
- J'aimerais assez un prénom en A si c'est un garçon! souria Solange.
- Alexandre?
- Non, trop long.
- Alphonse?
- Oh non! C'est laid! Tout comme Alfred!
- Adrien?
- Oui, pourquoi pas…C'est assez mignon!
- Et si c'est une fille? Aliénor?
- Oh! Il y a tant de prénoms que j'aime pour une petite fille…Aliénor, Fiona, Linda, Marion, Olympe…Et toi?
- Moui…j'aime bien. Mais j'aimerais bien aussi Eléonor.
- Comme ta mère?
- Oui…murmura Gaëtan avant de lâcher dans un soupir : je l'ai si peu connue.
Solange prit la tête de son époux entre ses mains.
- Amour, je te donnerais le plus beau bébé du monde, un dont tu sera fier d'être le papa!
- Et puis il y aura une suite, hein?
- Peut-être nounours, peut-être. N'oublie pas, demain on a rendez-vous avec le gynécologue-obstétricien.
- Je sais, oui.
- Allez. Faut dormir maintenant. A demain bébé.
Puis à son mari.
- Toi aussi, au pieu!
- A demain.
Et ils s'endormirent.
Le lendemain matin, ils étaient chez Madame Girant, la gynécoloque de la sœur de Gaëtan. Elle passait l'appareil à échographie sur le ventre de la future maman.
- Bien, très bien. La grossesse prend une très bonne voie! fit-elle.
- C'est vrai? demanda Gaëtan et serrant la main de Solange.
- Oui, regardez là. C'est son petit cœur qui bat. Et là…c'est sa tête!
Les époux se sourièrent. Madame girant ajouta :
- Mais vous savez que l'enfant n'est pas à l'abri d'un problème. Vous savez que vous devez vous faire surveiller auprès d'un hôpital qui effectuera des prélèvements sanguins et amiotiques.
- Nous le savons, oui. soupira l'homme.
- Nous ferons tout ce que nous devront faire pour notre bébé. On le veux tellement! On l'aime déjà! poursuivit Solange.
En effet, dans l'heure qui suivait ils se trouvaient à l'hôpital Ambroise Paré pour y effectuer des prises de sang.
Et cela dura cinq mois. Le ventre de Solange s'arrondissait de jour en jour, de semaine en semaine. Elle avait des nausées, en perdait le sommeil et ne supportait plus l'odeur du café au lait qu'elle avait l'habitude de prendre le matin. Gaëtan la soutenait.
- Ne t'inquiètes pas chérie, c'est normal, c'est bon signe!
Ils effectuaient tous les contrôles qu'ils avaient à faire, Soalnge prenait tous les médicaments qu'on lui prescrivait. Ses bras étaient rouges des piqûres qu'on lui faisaient. Elle prenait des cours de respiration en vue de l'accouchement et se retrouvait avec des futures mamans grâce à un club. Là, elles échangeaient leurs impressions, leurs craintes, leur bonheur.
Et cela durant cinq mois. Mais au milieu de la nuit du 21 au 22 septembre, Solange fut prise de douleurs au ventre. Elle secoua son mari.
- Gaëtan! Gaëtan, je crois qu'il arrive!
- Hein, bouge pas , je vais t'aider!
Il remonta les draps et découvrit en effet une tache dans le lit. Il aida sa femme à passer une robe et un pull, la fit monter dans la voiture où attendait le sac. Solange haletait.

Vous voulez connaître la fin? alors contactez-moi : camillecham@aol.com


Rapha et Cora
(haut)


A ma droite, Raphaëlle : seize ans, un mètre soixante-quinze, soixante et onze kilos, brune aux yeux noirs et profonds, fan de boxe française, de lutte, de lancer de poid-disque-marteau, de foot et de rugby.
A ma gauche, Coralie, quinze ans et demi, un mètre soixante-douze, soixante-neuf kilos, rousse aux yeux noisette, pratiquante acharnée de kung-fu, athlétisme, boxe anglaise et française, et pratiquant de temps en temps le combat à mains nues avec les branleurs et branleuses de sa classe.
Elles étaient toutes les deux les meilleures amies du monde. Elles se distinguaient des autres filles par leurs larges épaules, leurs énormes biceps, triceps, quadriceps, isquiaux-jambiers, mollets et leurs abdos leur bosselaient légèrement le ventre. Pourtant, elles n'étaient pas laides. Jolis visages, et leurs muscles leur donnaient des formes agréables, alors que les autres filles avaient des aiguilles de seringue à la place des jambes, des bras, et leurs bassins et hanches étaient si étroits que nos deux comères se demandaient comment ces cure-dents ambulants feront pour avoir des enfants.
- Je veux pas paraître jalouse, mais je me demande comment les mecs font pour aimer ce genre de filles roulées comme des mines de critérium! souffla Rapha à Cora dans les vestiaires avant d'aller en cours de gym.
- Tu sais…les mecs…faut pas chercher à comprendre se qui se passe dans leur bocal d'eau salée, sinon, tu demanderais à te faire interner la minute même.
C'est alors que Sarah, la bimbo de la classe leur dit :
- C'est toi qu'est trop bête, rugbyman! Tu vois quand même pas un gars sortir avec Califano quand même?
- Et pourquoi pas? demanda Cora en détachant bien chaque syllabe.
- Et bien…t'es conne ou tu te fous de ma gueule! Pourquoi? Elle ose me demander pourquoi? Mais parce que c'est plus beau quand même une fille qui fait du 90-60-90 qu'une nana qui fait du 150-120-135, non?
- Un, je fais pas du 150-120-135 mais du 92-73-99, et deux, toi, ça m'étonnerais que tu fasses du 90-60-90. Je pencherais plutôt pour le 50-25-40.
- Tu m'insultes, là.
- A peine.
- Bon, intervint Rapha, tu vois pas que t'uses de la salive pour rien, là? Viens.
Le cours de gym se déroula normalement. Rapha et Cora étaient omniprésentes dans le match de handball qu'elles jouèrent.
A la fin du cours, elles se rhabillèrent et sortirent du lycée pour aller faire leur devoir ensemble, chez Rapha, avant que le grand frère de celle-ci ne les conduisent à leur entraînement d'athlétisme. Sarah ruminait, entourée de ses copines dans la cour.
- Ah, les salopes, les salopes, les salopes! Elles me le payeront!
Puis elle vit sortir du lycée Benoît, le garçon de ses rêves (un play-boy et séducteur hors paire aussi) accompagné de ses amis Léo, Marc, Luc et Victor, pas laids du tout eux non plus. Elle courut vers eux.
- Eh, Benoît!
Il se retourna et sourit.
- Salut la belle! Je peux quelque chose pour toi?
- Oui, je voudrais que vous fassiez souffrir deux filles.
- Bien sûr! Qui?
- Raphaëlle Coudrai et Coraline Ditope.
- Les deux haltérophiles? Ben…si tu veux.
Il se tourna vers ses amis.
- Un volontaire pour m'aider?
- Moi, fit Marc. Je veux bien m'occuper de la Cora.
- Ok, Sarah. On fait comment, ce coup-ci?
- Ben, comme d'hab : vous les baratinez, vous les emballez, vous leur faites croire que c'est du vrai, du solide, et quand vous les sentez à point, vous vous plantez devant le lycée, et dès qu'elles arrivent, vous roulez une daloche à une autre fille. Et si elles vous demandent des explications, vous les envoyez chier en leur disant que vous n'êtes jamais sorti ensemble.
- Et en récompense? On travaille pas gratos!
- Ben, je suis à sec en ce moment mais…
- Mais?
Elle les regarda d'un œil gourmand.
- Je peux payer en nature.
- Ca marche! gloussèrent les deux garçons. On commence quand?
- Dès que tu peux! Ce soir, elle ont entraînement d'athlé. Vous pouvez toujours essayer de les choper!
- Dac ma gosse! Ca va être dur, mais l'enjeu est de taille et le récompense alléchante! Y'a pas de problèmes!
- Faites leur bien mal! souffla la jeune fille.

Le soir même, Marc et Benoît se trouvaient dans les tribunes du stade à regarder Cora, Rapha et les autres athlètes courir.
- Ecoute Benoît…J'le sens pas ce coup…
- Mmmh, moi non plus. confessa le blondin.
- C'est quoi qui t'embête toi?
- J'en ai marre de jouer avec le cœur des filles, surtout pour une petite frappe comme Sarah! Jamais un remerciement, que du chou! Elle peut se le garder son fric pourri!
- Pourtant la récompense de ce coup à l'air de te plaire!
- Arrête! Si j'avais dit non elle aurait raconté plein de conneries sur moi!
- Et alors?
- Et alors Luc sort avec sa sœur Fiona. Suffirait que Sarah raconte deux-trois saloperies sur mon compte pour que Fiona arrête de fréquenter un gars comme Luc qui fréquente un gars comme moi! Fiona me verrait comme un monstre!
- T'as surtout fais ça pour Luc, quoi.
- Tu sais que t'es intelligent quand tu veux?
- Arrête, j'vais rougir.
Benoît regarda Marc dans les yeux.
- Et toi Marco, pourquoi tu t'es porté volontaire?
- Moi…J'ai le béguin pour Cora.
- Ah oui?
- Oui! Je la croyais détestable, mais il faut pas se heurter au physique! Un soir, j'ai dialogué avec une fille sur Internet, je l'ai trouvé adorable, sympa, marrante. Après je lui ai demandé de me dire son vrai prénom, où elle vivait, à quel lycée elle allait, ce qu'elle avait comme hobbies. Et quand elle m'a dit qu'elle se prénommait Coralie, qu'elle fréquentait le bahut Paul Sartre à Nantes, qu'elle aimait la boxe et les sport de contact, j'ai pas eu à réfléchir trop longtemps! J'étais sûr à 100% que c'était elle! Cora est pleine d'humour tu sais! Et puis elle n'est pas si laide que ça!
- Non, c'est clair!
- Et toi, tu vas faire quoi avec Rapha?
- Je sais pas…Lui parler, la connaître. Et puis elle sera sûrement elle aussi très sympa. Et alors je tenterais ma chance.
Marc le regarda d'un sourire malin.
- Elle te plaît bien, hein, la Rapha.
Benoît, pour la première fois de sa vie, rougit et bafouilla :
- Voui.
Ils attendirent encore une demi-heure. Ce fut Cora qui sortit la première des vestiaires. Au grand damn des graçons, elle grimpa dans les tribunes.
- Oh merde! Qu'est ce que vous faites là, les mecs? demanda-t-elle, surprise.
- Ben, on vous attendait, toi et Rapha.
- Ben voyons, c'est de la part de Sarah, je suppose?
Benoît s'éclipsa, laissant Marc et Cora seuls.
- Cora…commença-t-il.
- Quoi?
- On m'a dit que t'avais rencontré un gars du coin sur Internet. Il paraît qu'il est trop sympa! Ca te dérangerait de me donner son adresse?
- T'es ouf ou quoi? Un mec aussi cool, ça se partage pas!
- Il est si bien que ça?
- Super! Il aime la rigolade, les livres de San-Antonio, le sport! Le mec idéal, après le mien, évidemment!
Les bras de Marc tombèrent.
- T'as un mec?
- Oui. Tu vois le mec accoudé à la barrière là-bas?
- Ce grand type brun d'au moins vingt ans?
- Vingt et un, oui. Pourquoi?
- Ce mec sur Internet, c'était moi. Tu parles bien de Footgolden69? Qui a une sœur de 8 mois, un labrador nommé Kasak et qui rêve de devenir footballeur pro?
- Mince, c'était toi!
- Et oui.
Cora s'approcha de Marc, le prit dans ses bras. Il lui caressa le dos.
- Oh, Marc…je suis désolée…mais j'aime mon brun de vingt et un ans. je t'aime bien toi aussi. Et puis tu sais, ce n'est pas parce qu'on sort pas ensemble qu'on n'a pas le droit d'être amis! Ca te dirait d'enter dans la bande? Il suffit d'aimer la rigolade et la danse! Le frangin de Rapha est videur au American Night! On peux y aller quand on veux!
- J'aime pas trop les boîtes…
- C'est une boîte gay! On s'amuse bien plus que n'importe quelle autre boîte!
- Ben…
- Allez viens, je vais te présenter à mon mec!
En descendant des tribunes, ils tombèrent sur Rapha et Benoît, tendrement enlacés. Le Blondin achevait de lui expliquer ce que Sarah avait voulu qu'il fasse, mais lui ne voulait pas le faire pour de faux, il l'aimait vraiment.
- Pardon M'sieur-Dame! lança Cora.
- La vie est belle, non? dit Rapha. Et si on allait passser la soirée au Americana Night? C'est la soirée "Spéciale Village People"!
- Yeah! lâcha Marc. Je les adore!
- C'est souvent qu'il y a des soirées spéciales? demanda Benoît.
- Tous les quinze jours environ! dit Rapha. La dernière fois, c'était "Spéciale Freddy Mercury". Y'avait concours de costumes : celui qui arrivait à ressembler le plus possible au chanteur de Queen gagnait son poids en disques, posters et affiches de Freddy et de Queen! je sais pas ce qu'on y fait cette semaine, mais la prochaine fois, c'est "La soirée Boy George". tu chantes une de ses chansons, un jury de pros te note, et si t'as la meilleure note à la fin du concours, tu gangnes encore ton poids en trucs à l'effigie du George. A la fin de l'année, y'a le "Grand prix George Mikaël" qui regroupe tous les vainqueurs des "Soirées spéciales" en un méga-concours. Et le premier prix c'est …un voyage pour quatre dans les Pyrénées, tous frais de transports et de stationnement compris!
- Cool! renchérit Marc. Je vais tout de suite aller apprendre Do you really want to hurt me?
- Et moi Karma Chameleon! fit Benoît.
- Allez, je passe prendre mon mec et on y go? demanda Cora.
- C'est parti!

EPILOGUE

Nos amis ne remprtèrent pas le "Grand prix George Mikaël" mais leur amitiée dura longtemps et dure encore maintenant. Neuf mois après le fameux soir de la "Soirée spéciale Village People", Cora et Rapha laissèrent leur virginité entre les mains respectives du grand brun de vingt et un ans et de Benoît. Elles étaient femmes, ils étaient hommes, volontaires, responsables, mûrs, solidaires, et toujours prêts à la rigolade. Je ne sais pas précisemment à combien d'années remonte cette histoire, mais je peux vous assurer que la haine de Sarah a été à l'origine de leur bonheur, et que cette dernière, si elle en avait… se les boufferait crues!

Clarisse (haut)


C'était une soirée-pygamas comme il y en eut beaucoup avant, chez la jolie Marie. Elle avait invité ses amies Sandrine, Karine, Lola, Mélissa et une nouvelle, Clarisse. Allongées sur le lit de Marie ou sur la moquette, elles parlaient de tout et de rien.
- Au fait Marie, d'où tu connais Sébastien? Le grand ténébreux blond aux yeux bleus? demanda Clarisse.
- Oh!C'est un ami de jeunesse! De toute jeunesse! On était à la maternelle ensemble, au primaire ensemble, au collège ensemble, et maintenant, au lycée ensemble! Et toi, tu le connais comment?
- Un copain d'athlétisme! On s'entendait super bien, on venait se retrouver même les soirs où y'avait pas entraînements! Et puis il a changé de club. Depuis, c'est "Bonjour, ça va? Bonsoir!". On se parle plus! Il est devenu…arrogant, égoïste, méprisant!
- Tu trouves?
- Sur un terrain de sport! Tu le verrais tourner des épaules pendant les compèts! Style "m'as-tu vu?", non merci. En-dehors, je peux pas te dire, il veut plus me parler! Pas assez canon pour lui!
- Ca m'étonne de lui! fit Marie. dommage qu'une amitié finisse si mal!
- Oh, attends! Je l'adore ce mec! Je me demande simplement pourquoi il veut plus m'adresser la parole!
Le silence se fit. Ce fut Sandrine qui le rompu.
- Eh, j'ai une idée! Si on faisait un jeu? J'ai lu un truc sur les peuples anciens et y'a un mythe qui m'a marré!
- Raconte! firent les autres.
- Voilà : on parle de quelqu'un, on échange nos impressions dessus, à la fin, on écrit sur un papier ce qu'on veut qui se passe avec lui, on brûle le papier, et normalement, ça se produit dans les deux jours!
- Arrête! J'y crois pas! fit Clarisse.
- On peut toujours essayer! T'as qu'à écrire "Je veux que Sébastien renoue la discution avec moi" et peut-être que vous redeviendrez amis!
- Non, pas lui…quelqu'un d'autre! fit Karine. Tiens, finalement, vous savez à qui il est le super scooter rouge flash avec des bandes bleues cobalt?
- Qui?
- Jennifer Vésilla!
- Ah! Quelle pouff celle-là! s'exclama Clarisse.
- Allez, le débat est lancé! fit Sandrine. Qu'est ce que tu lui reproches?
- A cause de cette salope, j'ai été rejetée par toutes les filles de ma classe en quatrième! A cause d'elle, je me suis faite traitée de "rugbyman", de "George Delajungle" ou même "d'équipe mixte à toi toute seule" pendant une année! Si tu savait le mal qu'elle m'a fait! Quand en début d'année on m'a dit que j'allais être dans sa classe, j'en ai chialé dans le bureau de l'intendant! On lui a expliqué et il m'a mit dans cette classe! Elle m'a blessé au plus profond de moi-même! Moi, je ne faisais de mal à personne, et voilà que du jour au lendemain, le monde m'a été hostile! je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, et je n'étais pas préparée à ça! je ne savais pas quoi faire! je subissait, et elle en profitait!
- Ah bon? Moi je la trouve sympa! Mais je reconnais que c'est pas cool ce qu'elle t'a fait! répondit Lola.
- Parce que t'es dans ses "normes" : féminine, maquillée, habillée à la mode et pas musclée de tous les côtés! rétorqua Clarisse.
- Oui, ma aussi je la trouve trop conne! Une vraie pétasse emperlouzée! tant mieux si vous vous entendez avec elle, car c'est une vraie langue de vipère, sitôt que tu dit blanc alors qu'elle dit noir, elle te lâches et sait raconter plein de trucs vaches et faux sur toi dans ton dos! affirma Mélissa.
Les disscutions durèrent ainsi une demie-heure.
- Bon, on va pouvoir passer au papier! renchérit Marie.
Elles descendirent dans la cuisine. Là, Marie sortit un bloc-note et un briquet.
- Vas-y Clarisse, commence! fit-elle.
Elle s'approcha de la table, prit un stylo, griffona quelques mots, fit une boulette de la feuille, se mit au-dessus de l'évier et enflamma la boulette. Elle regarda se consummer la boule, guettant les esprits magiques afin qu'ils exaucent ce vœu, elle n'y croyait pas, à cette histoire de magie. Les autres excécutèrent le même geste.
- T'as mis quoi? demanda Sandrine.
- Faut pas le dire, sinon, il va pas s'exaucer! répondit Clarisse.
La soirée se poursuivit par le visionnement de "L'Exorciste". Ensuite tout le monde alla se coucher, elles avaient cours le lendemain!
Elles se levèrent à sept heures, se préparèrent, et à huit heures moins dix, elles se trouvaient devant le collège.
- Tiens, bah la voilà justement, la Vésilla! fit Mélissa.
En effet, un scooter rouge flash venait d'apparaître au bout de la rue. Clarisse le fixait. Il roulait à vitesse modérée. Son conducteur, Clarisse en était sûre, ne pouvait être que Jennifer : elle avait reconnu son sac violet fluo, le seul dans son genre de tout le lycée. Le scooter passa devant un groupe de beaux garçons qui fumaient. Jennifer regarda dans leur direction, klaxonna et fit ronronner son moteur par des petites accélérations. Mais comme elle ne regardait pas devant, elle et ne vit pas le bus arriver. Elle tourna la tête et voulut freiner. Elle n'en n'eut pas le temps. Elle percuta de plein fouet l'arrière du car dans un bruit de ferraille compressée. Sous le choc, le scooter s'enflamma, sa conductrice avec. Jennifer courut sur vingt mètres, d'immenses flammes dans le dos, avant de s'abattre sur le sol, étouffée par son casque. Le temps qu'un élève chargé d'un extincteur n'arrive, il ne restait qu'un tas noir de la Jennifer.
Clarisse se tourna vers Sandrine, laquelle en écartait des yeux gros comme des boules de billard, et murmura :
- Finalement t'avais raison. Ca marche ton truc.

 


Nicole (haut)


- Bon, alors, maintenant ça doit être là! se dit Nicole.
Nicole découvrait pour la première fois les logiciels de dialogue en ligne sur Internet.
- Bon, maintenant, trouver un pseudo… alors, attend voir que je te trouve un truc du tonnerre! Voyons… bingo! "beatly26", non. "LindaMacca" c'est mieux! Enfin, bon, j'y vais.
Elle entra dans le forum "point de rencontre" et explosa de rire. Tout le monde posait des questions, personne n'y répondait et tout le monde s'insultait. Elle sélectionna la police, la couleur et lança un mot. Une personne lui répondit par un "salut linda, ici 19 h 45".
- "salut, tapa-t-elle, ici 16 f 44"
- "attends, j'arrive"
Une petite fenêtre s'ouvrit avec écrit le pseudo et "salut, on sera mieux en apparté". Elle cliqua sur répondre et tapa dans le champ " Alors, dis-moi tout, T 'où?"
- "Bof, un gars de fac, à Marseille."
- "ça explique ton pseudo : phocéen.con"
- "oui. t'M le sex?"
- "Non, pas + ke ça".
- "dommage, alors bye"
- "C ça, bye".
Elle retourna sur le site de chat. Plusieurs autres garçons lui envoyèrent des messages-éclairs. les premières questions qu'ils posaient étaient "asv" (= age, sexe, ville). Puis ils lui demandaient tous ses mensurations et si elle était vierge. Mais Nicole ne savait pas mentir. Alors elle mettait en réponses "92-71-99, et oui". Alors on lui disiat qu'ils allaient y rémédier, ils leur demandaient de leur faire des "trucs". Mais Nicole les quittait alors sur le champ et partait chercher un autre interlocuteur. Elle consultait les carte de visite quand soudain une nouvelle fenêtre s'ouvra.
- "Salut Linda, asv stp".
- "salut, 16 f Metz, et toi?"
- "20 h Sedan. T'm koi dans la vie?"
- "le spoooort, et la bonne music."
- "tu fais koi comme sports?" moi, j'adore le foot."
- "athlétisme et basket"
- "C cool. tu bosses?"
- "non, j'suis lycéenne et toi?"
- "vendeur en électronique. t'as une foto?"
- "Non, G ni scanner ni webcam, sorry"
- "pas grave je t'envoie la mienne"
Quelques instands plus tard, elle découvrit que son interlocuteur était un maghrébin, avec un joli visage aux traits fins. Elle continua à discuter avec lui. Quand elle dut le quitter, elle lui dit qu'il était très cool, et moins pervers que les autres. Il lui demanda s'il n'y avait pas un moyen qu'il reçoive sa photo.
- "laisse-moi ton adresse si tu veu!"
- "oki, alors voilà"
Il lui donna ses coordonnées et Nicole conclut par un "ok, je t'envoie ma tronche le plus tôt possible. T vraiment un mec adorable"
- "Merci".
Et ils se quittèrent. Le lendemain même, Nicole postait une lettre avec son image en direction de Sedan. Quelques jours plus tard, elle reçu une lettre en retour. Et ils correspondirent ainsi plusieurs semaines avant qu'une dernière lettre la fisse hurler de bonheur. Voilà ce que disait le post-criptum : "Au fait, j'ai oublié de te dire, mais je prends une semaine de vacances du 14 au 21 et je pense venir sur Metz. Si on se retrouvait le 15 devant de stade municipal? Je compte sur toi!"
Le 15, donc, Nicole se trouvait devant le petit stade "Dino Zoff". C'est alors qu'elle le vit. Beau comme un sou neuf dans son jean noir et sa chemise blanche. Ils se reconnurent tout de suite, se firent la bise et commencèrent à discuter en marchant. Il lui appris qu'il était descendu à l'hôtel du coin, et qu'il aimerait la renconter plusieurs fois durant son séjour.
- Pas de problème! T'es si sympa!
- Toi aussi fillette, toi aussi…
Ils s'arrèrent au bar-tabac du coin de la rue. Ils dicutaient comme des amis qui ne s'étaient pas vus depuis des lustres.
- Tu fais rien ce soir? lui demanda-t-il?
- Ben…non! Why boy?
- Non, je pensais, on pourrais peut-être se faire un cinoche. T'en penses quoi?
Nicole rougit.
- Ben…je sais pas trop…c'est que la première fois qu'on se voit et…
- T'as pas confiance en moi?
- C'est pas ça mais…
Il sourit, amusé.
- Ok, boy. Quelle heure?
- Dix-neuf heures?
- Impec. On verra quoi?
- Oh, je pensais à Braveheart, il repasse.
- Ok, ça fait un bail que je l'ai pas vu.

Le soir, ils se retrouvaient côte à côte davant Mel Gibson et Sophie Marceau.
- Elle est canon cette Sophie, hein?
- Oui…
- Jalouse? souria-t-il?
- Non! s'exclama-t-elle pas trop fort. Quand même, ce Mel Gibson, quel homme, hein?
- Bof…
- Jaloux?
Ils se sourirent et s'échangèrent un regard complice.
La semaine se déroula ainsi. Rencontres, promenades, cinémas, fête foraine. Nicole l'accompagna à la gare le 21 et le suivit sur le quai.
- Ok, boy. J'espère qu'on se reverra.
- Mais bien sûr qu'on se reverra! On est en avril, les grandes vacances c'est bientôt. tu fais quoi cet été?
- On part une samaine dans le Vercors et deux auttres chez mes grands-parents dans le Var. On revient le 25 juillet. Après c'est le calme plein.
- Ok, je descendrai au mois d'août alors. Ca t'ennuie pas?
- Non, tu sera le bienvenu.
Il regarda sa montre.
- Bon, désolé fillette, mais faut que j'y aille.
- Va, va.
Elle tendit la cou pour lui faire la bise, mais il la prit derrière la nuque et lui plaqua sur les lèvres un baiser fougueux. Il la regarda dans les yeux, lui sourit et lui caressa la joue.
- T'es vraiment trop sympa fillette. J'ai pas pu résister.
- Tu vas louper le départ…
- T'as raison. Bon, ben…j'y vais!
- C'est ça, vas-y.
- Je te retrouve en août?
- Compte sur moi.
Il s'échangérent un dernier long baiser avant qu'il ne remonte dans le train, et s'en aille.

Freddy (haut)


Quand Frédérique monta sur scène, le silence se fit. C'était elle la présentatrice de la soirée "Freddy Mercury" organisée par sa classe en mémoire des dix ans de la mort du chanteur. Il s'agissait de passer de la musique tout en passant sur un écran géant, loué par le lycée grace à la caisse de fond du fan-club Freddy Mercury du bahut, des extraits de concerts de Queen et de leur clips.
Maintenant, Frédérique, alias Freddy, était sur scène, devant les quinze cinq secondes, premières et terminales. Elle souffla, mit le micro en marche et commença à parler :
- Euh, bon, la soirée continue! Maintenant, nous allons vous passer une chanson de Queen, interprété par ce fameux Freddy. Ce n'est pas la plus connue, mais c'est à mes yeux la plus expressive et la plus belle. Il s'agit de Bohemian Rasphody. Freddy y parle de sa maladie. En effet, vous n'êtes pas sans savoir que Freddy Mercury était homosexuel et est mort du sida. Dans cette chanson, vous remarquerez qu'il y a plusieurs parties : la première, il est là, il se demande si ce qui lui arrive est vrai, si ce n'est pas un mauvais rêve. Ensuite, il en parle à sa mère, il sait que ça lui fait de la peine, il ne veut pas la voir pleurer. Puis, son entourage est partagé : certains veulent le garder, le soutenir, d'autres veulent le lâcher. Puis tout repart. Il veut se battre, s'addresse à celui qui l'a contaminé, lui dis "Donc tu crois pouvoir m'aimer puis me laisser mourir?". Et tout se termine. Il sait que quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, il mourra… Mais à l'entendre chanter, s'exprimer dans cette chanson… On se dit qu'il ne méritait pas de mourir. Personne ne mérite de mourir ainsi. Il suffit de l'écouter et de le regarder. Il se sort les tripes. Je ne veux pas vous faire de leçon de morale en vous rappelant qu'il faut se protéger à chaque rapport. Vous le savez. Mais vous vous dites des fois "On peut bien s'en passer pour une fois. On va pas se laisser embêter par un bout de plastique!". C'est ce qu'il aurait sans doute aimé se dire, s'il avait connu l'existence et l'importance du fléau du sida. Autant, si on tombe enceinte on peut avorter, mais on en peut pas avorter du sida. le sida, c'est le point de non-retour.
Elle marqua une pause, le temps de s'humecter les lèvres. Quelques applaudissements retentirent dans la salle, d'abord timides, puis de plus en plus nourris. Elle reprit.
- Bon, trève de blabla. En avant Freddy, à toi de jouer! The show must go on!
Et elle quitta la scène afin de retourner dans la salle de projection. Damien, qui supervisait la projection s'approcha d'elle.
- Mais c'était pas du tout le texte! Quelle improvisation!
- Excuse-moi… bredouilla-t-elle.
- Non, non! C'était super! Où t'as été cherché ça?
Elle eut un geste évasif.
- Oh… très loin. Au plus profond de mon ego. Tu sais, j'adore Freddy Mercury et Queen, j'ai analysé ce qui lui est arrivé, j'ai fait des observations et j'ai conclu. Peut-être suffit-il simplement de savoir regarder.
- Sûr. Si je t'ai bien compris, il ne faut pas nécessairement être fan d'un type pour s'appitoyer sur son sort.
- Ce n'est pas de la pitié, mais du respect. C'est incroyable comme les gens font certaines choses dans certaines cituations. Les soldats allemands en 14, ils étaient nos ennemis, mais ils ont souffert autant que nous.
Elle se tut et le regarda dans les yeux. Leurs regards se pénétrèrent, comme s'ils cherchaient à deviner ce que pensait l'autre.
- J'aime, j'adore, j'admire Freddy. C'est vrai. Et puis, je suis… enfin, nous sommes… bref, nous finirons comme lui… Nous souffirons peut-être moins grâce aux traitements. Et on mourra ensemble, hein?
Damien soupira et détourna ses yeux de coupable.

 

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Présentation de Miss Caze - Ses poèmes