Trois poèmes :

Enchantement
Avertissement
Séraphique

et une lettre:

Angéla

 

ENCHANTEMENT (haut)

Le long enchantement
Des jours nous apparaît
Les jours que nous comptons
Vers notre fin promise

Le long enchantement
Des heures effarées
Qui fuient dans l'horizon
Déjà si loin derrière

C'est la vie vivement
Qui passe telle un lai
Et que nous affrontons
Vers la Terre Promise

C'est notre vœu dément
De pouvoir enterrer
Le dégât des saisons
Déjà si loin derrière

(03 décembre 2000)

AVERTISSEMENT (haut)

J'aurai besoin de Toi
Dans quelques heures
Dans quelques jours

J'épellerai Ton nom
Dans tous mes songes
Dans mon coma

J'implorerai Ton ombre
A toute force
A toute foi

Je contraindrai Tes pas
A s'arrêter
A me trouver

Alors enfin Tu cèderas
T'accroupiras pour m'enlever
Dans Tes bras lisses de rosée

Pénètreras dans un bois sombre
Vers une cabane d'écorce
Que tiédiras un feu de joie

L'exorcisme de mes démons
Soignera le mal qui me ronge
Mieux que Tu ne le panseras

Quand Tu seras courbée sur moi
Dans la tressautante lueur
Alors prends garde à mon retour

(28 janvier 2001)

SERAPHIQUE (haut)

Ton corps, pendule magnétique
Vallons étirés, quelques rides,
Qu'on voit danser au petit jour

Il me fascine il me panique
Mes yeux tombent sous son égide
Mon cœur succombe à mon amour

Ton corps qui vibre au gré des vents
Source de tant d'enchantement
Qu'on sent glisser entre ses doigts

Il me balaie d'un air savant
Mes sens pleurent d'émerveillement
Mon cœur succombe à mon émoi

Ton corps cascade de désir
Méandres, harmonieuses paresses
Qu'on accélère par caprice

Il m'inonde de mon plaisir
Tes mains simulent la détresse
Mon cœur succombe à l'artifice

(18 mars 2001)

ANGELA (haut)

On dit que rêves et souvenirs embellissent toujours la réalité. J'affirmais ce matin même qu'il n'en était rien :ta réalité est encore plus séduisante que le plus beau de mes rêves, que le plus excentrique de mes souvenirs ; ta réalité est luminescente, terrifiante autant que sublimée. Cependant le calme qui porte conseil, le calme qui offre réflexion m'ont suggéré une autre vérité, un autre ordre du rêve…

Infirme, je suis infirme à tes côtés, je suis infirme au loin de toi depuis que je te connais. Et le corps et l'esprit ont horreur de l'infirmité, c'est pourquoi tout homme a la faculté d'oublier. Et pour oublier cette infirmité qui m'étreint rien ne vaut l'oubli de ta beauté. Pour retrouver mes esprits et ma sérénité rien ne vaut l'oubli de ta personne. Pour sauvegarder de l'implosion mon cœur affolé, pour réfréner ses battements frénétiques, pour préserver mon intégrité…
C'est ce qui m'a poussé à reconsidérer ma position :peut-être les souvenirs n'embellissent-ils pas toute réalité, mais ils ont vocation à améliorer et adoucir le vie des hommes. Alors toute souffrance aurait comme réponse universelle le simple oubli ? Mon opinion est que le courage est meilleure solution :je devine bien où est mon intérêt, je sais que quelques mots suffiraient à me compromettre, à me lancer. Mais ces quelques mots ne pourraient-ils pas me détruire et non provoquer ma libération en même temps que le renforcement de mon attachement à toi (si tant est qu'il soit possible)? Arriverais-je à te convaincre, à t'émouvoir ? Parviendrais-je à la volonté de mon être tout entier ou ne ferais-je que précipiter ma perte et ma désolation ? C'est ce dilemme qui annihile ma volonté. C'est cette crainte qui me rend maladroit, et si malheureux de l'être. C'est cette douce torture qui m'aliène mon esprit et mon initiative.

T'es-tu déjà rendu compte que tu ne pouvais détacher tes pensées d'une personne ?
T'es-tu déjà sentie impuissante à accéder à ton propre bonheur, à même intercéder en sa faveur?
As-tu déjà ressenti le bourdonnement de l'amour te vriller la cervelle ?
As-tu déjà assisté à ta chute, à ta déchéance ?

Chaque jour à chaque heure, comme un anathème perpétuel et immuable, me frappe l'esprit la pensée de mon propre emprisonnement. Un fluide qui rayonnerait de ton corps et de ton esprit musellerait ma langue en de banals échanges quotidiens. Eloigné de toi mon cerveau se libère et je rêve ; je décide, de te dire ce que je ressens. Si seulement j'en avais la force, je disserterais à tes côtés sur l'étrangeté de ta beauté, sur le plaisir désespéré de passer de tes yeux à tes lèvres, de tes lèvres à tes yeux. Je te dirais toute mon angoisse et tout mon ravissement. Je décrirais le sommeil calme, la transe que provoque ta voix, délicieuse infamie. Et là, pendant des heures, puisant en ta personne mon inspiration, je te raconterais la vie, les aventures de mes yeux sur ton corps svelte, les appels désespérés du tam-tam de mon cœur.
Transporté par un verre d'alcool inépuisable, je te dirais tant de candeur que jamais plus tu ne m'oublierais.

Un jour, demain, plus tard, je parlerai.

 

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Présentation d'Elie Therrivelle