LES CARIEKS


CHAPITRE 1

Notre histoire se passe dans un monde mystérieux qui dépasse votre imagination. Ne vous êtes vous jamais demander ce que contient un arbre ? Et bien ce conte va répondre à toutes vos interrogations.
Sachez que dans les arbres vivent de minuscules créatures, hautes de cinq ou six centimètres, appelées les Carieks. Un Cariek a la peau bleue pour les mâles, rose pour les femelles et jaune pour les petits. Les Carieks vivent environ 150 ans, et possèdent un pouvoir de vue dans l'obscurité, et de résistance à la magie. Ils aiment l'art, le chant, la danse et jouer du pipeau. Ils ont d'extraordinaires ouvriers, et travaillent avec minutie. Ils se vêtissent souvent de couleurs vives.
Dans un clan de Carieks, l'un d'eux est le chef et dirige les autres. Il est respecté et vénéré par ses sujets. Quand un clan affronte un grave problème, le chef a le devoir de trouver une solution. Il sait se battre et connaît la magie.
Les Carieks vivent dans le bas des arbres, qu'ils éclairent par des torches et des fenêtres qui demeurent leur seule ouverture sur le monde humain, dont ils connaissent à peine l'existence. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir pour ce récit.
Les Carieks dont l'histoire va parler vivaient dans un grand chêne centenaire, dans une forêt allemande. Ils étaient environ une centaine réunis là, dirigés par un puissant Cariek à la longue barbe grise, aux yeux noirs lançant constamment des éclairs. C'était un excellent guerrier et un mage doté de grands pouvoirs. Il s'appelait Micocoulier Courgenouil et avait 65 ans, ce qui était encore assez jeune pour un Cariek.
Son épouse, Sourie Courgenouil, Lumyneuze étant son nom avant son mariage, était une Cariek douce et blonde, âgée de 59 ans, portant souvent de jolies robes roses, faites de sharafy, ce qui est une étoffe légère, semblable à de l'eau qu'on aurait tissé, et qui est une soie que seuls les minutieux Carieks savaient fabriquer.
Artly et Eloäsa étaient leurs enfants. Artly le garçon avait des cheveux noirs et jouait merveilleusement du pipeau pour ses 19 ans. Eloäsa la fillette avait de longues nattes blondes et une voix de rossignol. Comme sa mère, elle portait souvent des vêtements faits de sharafy.
Ce jour-là, Eloäsa bavardait avec Artly. Sourie s'était rendue à l'usine des Carieks dans laquelle on tissait le sharafy ; elle y commandait une nouvelle robe rose. Micocoulier faisait les préparatifs de la fête du Jasmin bleu.
Cette fleur pousse dans le tronc des arbres, une fois par an et vit durant deux jours et une nuit. Elle est sacrée aux yeux des Carieks, qui font la fête pendant sa durée de vie. D'après la croyance populaire, si la fleur a moins de six pétales, l'année sera celle des mariages.
Micocoulier préparait l'orchestre à jouer dès que la fleur sortirait du sol.
- Vous avez bien compris, n'est- ce- pas ? dit-il de sa voix grave. Quand la fleur sortira, vous jouerez le Chant du Jasmin. D'accord ?
- Entendu, répondit Holper Polranel, le chef d'orchestre, le seul du clan qui savait jouer du violon.
- Après, vous jouerez la Mélodie du chêne. Compris ?
- Oui, répondit encore Holper.
- Ensuite la Ballade des Ménestrels.
- Oui !
Pendant que Micocoulier continuai ses recommandations, Artly et Eloäsa se levèrent et allèrent rejoindre les petits Carieks à la peau jaune d'or qui décoraient l'intérieur du tronc de rubans de sharafy, de peintures représentants du jasmin. Soudain, Eloäsa regarda la grande horloge accrochée au tronc, dont l'unique aiguille indiquait huit heures du soir.
- Oh ! s'exclama-t-elle d'une voix flûtée. Je dois aller m'habiller pour la fête du Jasmin.
- Moi aussi ! s'écria une petite Cariek.
Toutes les petites Carieks firent chorus et se précipitèrent dans les tantes disposées au fond du tronc(c'était là que dormaient les Carieks et ou ils rangeaient leurs affaires). Bientôt, les grandes Carieks les rejoignirent, et les tous les Carieks mâles, grands et petits.
Les femelles Carieks, grandes et petites, ne tardèrent pas à sortir des tentes, en grande toilette. Chacune d'entre elles portait une robe de sharafy de couleur vive. Certaines avaient mis des bracelets, d'autres des colliers. Leurs souliers étaient faits de godalot, ce qui est une matière solide et élégante, qui ressemble à du vair, mais de couleur orange ou magenta. Toutes se faisaient des compliments sur leurs tenues. Ces conversations furent interrompues par l'arrivée des Carieks mâle, grands et petits.
Ils étaient habillés par de simples vestes et bottes de kazolier- un équivalent du cuir, mais bleu ou vert clair- et de pantalons de hollidix(coton turquoise ou olive).
Les membres de l'orchestre- Holper, le violoniste, Marli, Kity, Hop, Uliof et Artly, qui jouaient du pipeau, prirent place sur une petite estrade, placée derrière un carré de terre entouré par des rubans de sharafy. C'était là que pousserait la fleur de Jasmin Bleu.
Tous avaient les yeux rivés sur le carré, retenant leurs souffles. Soudain, une longue tige verte poussa dans la terre, grandissant sans cesse. Lorsqu'elle cessa de croître, même trois Carieks mis les uns au-dessus des autres n'en auraient pas toucher le sommet. Alors, un bourgeon sortit de la tige. De magnifiques pétales bleu comme le ciel, qui semblaient aussi doux que du sharafy, jaillirent du bourgeon, accueillis par un tonnerre d'applaudissement et par les cris de joie des Carieks.
L'orchestre se mit à jouer le Chant du Jasmin, un gai menuet qui paraissait inciter à la danse. D'ailleurs, dès les premières notes, beaucoup de Carieks s'étaient mis à danser, le cœur léger, remplis d'enthousiasme.

CHAPITRE 2

Tandis que Micocoulier et Sourie tournoyaient, Eloäsa parlait avec Illyle, sa meilleure amie, qui, elle, semblait plutôt mal à l'aise :
- Tu as mal au cœur ? demanda Eloäsa, inquiète.
- Non, je… je ne me sens pas très bien, répondit Illyle, d'une petite voix.
- Ca te fait quoi ?
- J 'ai froid et… j'ai la tête qui tourne.
- Tu as froid ? s'exclama Eloäsa, étonnée. Mais… il fait chaud ! On a allumé le feu !
En effet, de grandes flammes oranges dansaient dans une grande cheminée.
- Je ne sais pas… murmura Illyle.
- Tu veux que j'aille prévenir tes parents ?
- Non, ça va al…
Elle s'interrompit. Le feu s'était éteint dans une bourrasque glaciale, et une vague de froid mordant envahit la pièce. L'orchestre cessa de jouer, les gens cessèrent de danser. Bientôt des exclamations d'angoisse s'élevèrent, puis la voix puissante du chef cria :
- Restez calmes !
Mais, malgré son ton autoritaire, sa voix trahissait son inquiétude. Soudain, un sifflement strident retentit dans le tronc. Des gens hurlèrent, d'autres se bouchèrent les oreilles. Puis, le sifflement s'arrêta, et quelque chose tomba lourdement sur le sol.
Brusquement, les lumières s'allumèrent et le tronc redevint chaud. Mais il n'y régnait plus cette atmosphère de fête. Chacun se taisait, comme pétrifié. Le silence fut rompu par Eloäsa :
- Illyle !
Tous tournèrent les yeux vers elle, et virent à ses pieds une masse informe, un corps recroquevillé et immobile. Micocoulier s'avança lentement et regarda le visage de la personne.
C'était une figure blanche comme le linge, aux yeux vitreux grands ouverts. C'était Illyle.
- Oh mon Dieu ! s'écria une Cariek.
C'était la mère d'Illyle. Micocoulier semblait stupéfait et perplexe. Il observa avec attention le visage et le corps inerte de la petite Cariek, puis dit d'une voix morne :
- Elle a été ferigée.
Tous poussèrent des glapissements terrifiés. La férigation est un acte avancé de magie : la victime du sortilège vit toujours, mais dans un sommeil profond. Le sorcier à l'origine de l'enchantement se nourrit de l'esprit de la victime, à distance, qui devient peu à peu blanche. Lorsqu'elle est tout à fait blanche, cela signifie qu'elle ne peut plus penser et ne peux plus mettre en marche ses fonctions vitales, comme marcher.
- Qui a fait ça ? demanda Sourie, inquiète.
- Je n'en sais rien.
Il se pencha une nouvelle fois vers Illyle, et vit un morceau de parchemin coincé dans sa ceinture de sharafy bleu. Il s'en saisit et le lut dans un murmure non audible. Puis il soupira. Il semblait plus inquiet que jamais.
- Que se passe-t-il ? demanda Holper, le chef d'orchestre.
Micocoulier ne répondit pas. Il tendit le parchemin à Sourie, qui le lut à haute voix à toute l'assemblée.
En ce jour béni il réapparaîtra
Et personne ne l'attendra
Ses repas auront moins de 25 ans
Et de leurs esprits savants
Elles le nourriront.
Personne ne l'arrêtera
Tel il est écrit, tel il sera…
Cette lecture laissa tout le monde sans voix. La mère d'Illyle sanglotait en silence. Eloäsa semblait changée en statue.
- Qui a fait ça ? dit Artly en rompant le silence.
- Je n'en ai aucune idée, répondit son père d'une voix rauque.
- Y- a-t-il… un moyen de sauver Illyle ? demanda Eloäsa, tremblante.
- Oui, il y un moyen…
Il s'interrompit, se demandant s'il devait poursuivre.
- Lequel ? s'étrangla la mère d'Illyle. Lequel ?
- Un philtre à base de dioçase.
Cette déclaration jeta un froid. Chacun savait ce que cela signifiait. Le dioçase est une plante magique qui pousse dans les troncs des arbres, qui vit durant trois mois, à une période bien précise… Hélas, ce jour-là, il restait encore six mois avant la poussée du dioçase et d'ici là Illyle serait perdue…
- Qu'allons- nous faire ? demanda un Cariek. D'après ce parchemin, les filles Carieks de moins de 25 ans sont condamnées et personne n'arrêtera ce monstre…
- Je crois que nous n'avons plus qu'à aller voir Refus Opale, déclara Micocoulier d'un ton décidé.
Refus Opale était un vieux Cariek de 192 ans, d'une sagesse et d'une intelligence inimaginables. Il savait tout de cet arbre, et avait été un puissant chef en son temps. A présent, il passait ses vieux jours dans une cave creusée sous le chêne, dans laquelle il lisait et étudiait le monde humain(le nôtre) qui le fascinait. On accédait à sa cave par une trappe.
Micocoulier s'y rendit donc sur-le-champ, seul. Il souleva la trappe de bois, et découvrit une grande échelle qu'il commença à descendre.
Bientôt il parvint au bas de l'échelle et se retrouva dans la demeure de Refus Opale.


CHAPITRE 3

C' était une pièce aménagée bizarrement. On voyait que Refus avait tenté de se rapprocher du décor humain. Les murs étaient recouverts de peinture jaune, grossièrement étalée- Refus avait du peindre lui-même. Au centre de la pièce se trouvait une table bancale et une chaise assortie- probablement construites des mains du vieux Cariek. Un sofa bourré de coussins mal cousus était placé au fond de la pièce, avec une bibliothèque et un fauteuil à bascule ? dans lequel lisait Refus Opale.
C'était un Cariek à la moustache grise, à la peau d'un bleu éteint par les années, vêtu d'un grand peignoir jaune. Il était plongé dans un gros livre à la couverture noire qui portait le titre Les Trains. Micocoulier s'éclaircit la gorge et Refus leva la tête. Il se leva et tendit la main au nouveau venu, qui ne sut pas ce qu'il fallait faire( la poignée n'est pas une pratique connue des Carieks)
- Bonjour, Mico, s'écria chaleureusement refus en lui saisissant la main avec énergie. Comment ça va ?
- Ca va, répondit Micocoulier, un peu déboussolé par ce salut.
Refus s'aperçut de sa surprise et s'expliqua :
- C'est la poignée de main humaine, dit-il avec fierté.
- C'est intéressant … bredouilla Micocoulier. Très jolie, votre maison.
- Fantastique, non ? Je me suis inspiré de gravures dans les livres et j'ai tout fabriqué moi-même. En ce moment, je me prépare à une action concrète.
- Laquelle ?
- Je vais aller faire un voyage chez les humains. C'est pour ça que j'étudie les trains.
- Les quoi ?
- Les trains, c'est le moyen de déplacement des humains, répondit Refus.
- Mais ce n'est pas… un peu risqué ?
- Si, bien sûr. Mais je dois voir à quoi ressemble ce monde… Je m'ennuie dans ma cave.
- Vous pourriez revenir avec nous… Rien ne vous oblige à rester là…
Refus sourit :
- Je pourrai, en effet. Mais un arbre est trop petit pour moi… J'ai besoin de voyager, de…
Il s'interrompit, puis soupira :
- Ah, ce serait trop long à expliquer. Enfin, toi, qu'est qui t'amène ?
- J'ai quelque chose à vous demander…
Micocoulier se tut, hésitant. Refus, surpris, lui dit :
- Parle, Mico, parle.
- En fait, aujourd'hui c'était la fête du Jasmin bleu et…
- La fête du Jasmin, déjà ? s'étonna Refus. Ah, à, force de rester ici comme une vieille bête, j'en perds la notion du temps… Enfin, continue.
- Il s'est passé quelque chose… de terrible.
- Et quoi donc ?
- Une jeune Cariek a été… ferigée.
- Comment ? s 'exclama Refus Opale. Mais… en es tu sûr ?
- Absolument certain, répondit Micocoulier. Son visage était blanc et ses membres mous.
- Oui, effectivement… Et comment cela s'est-i l produit ?
- Je n'en sais rien, avoua le chef. D'un seul coup, tout s'est éteint, et il a fait froid, terriblement froid…
- Comme dans un réfrigérateur ? interrogea Refus.
Voyant Micocoulier froncer les sourcils, le vieux Cariek se souvint que son interlocuteur ne connaissait pas les réfrigérateurs qui appartenaient au monde humain.
- Ne fais pas attention, marmonna-t-il.
- Bon, reprit le Cariek. Il a fait froid, et on a entendu un sifflement, puis tout s'est rallumé et on a trouvé cette Cariek. Et… j'ai trouvé ça, coincé sous sa ceinture.
Il sortit le parchemin et le tendit à Refus qui s'en saisit pour le lire. Lorsqu'il eut parcouru des yeux le papier, il garda le silence, semblant réfléchir profondément.
- Ca vous dit quelque chose ? hasarda Micocoulier.
- Je me souviens d'avoir lu cette prophétie il y longtemps… murmura le vieux Cariek. Dans un livre sur les anciennes prophéties …
Il se dirigea vers sa bibliothèque et saisit un livre à la couverture rouge vif, portant l'inscription Les prophéties des Sages.
- Je crois que c'est dans ce livre, dit-il.
Il l'ouvrit et tourna les pages une à une, en les observant avec beaucoup d'attention. Micocoulier attendait avec anxiété. Bientôt, Refus poussa une exclamation de triomphe.
- Voilà ! J'ai trouvé cette prophétie, claironna-t-il.
- Qu'est-ce-que ça veut dire ?
Refus s'éclaircit la gorge et lut :
- Il y a quelques millions d'années, les étoiles prédirent le destin de chaque animal. Le plus terrible fut celui du Serina, le roi du mal et de la peine, qui se nourrit des esprits.
" Le serina en puissance tuera tout et chacun
Devra subir son règne enclin
A la destruction, au malheur et aux sanglots
Avant qu'un chevalier ne le tue de son javelot
Et reviendra donc le bien
Jusqu'à l'apparition d'un Jasmin
En ce jour béni il réapparaîtra
Et personne ne l'attendra
Ses repas auront moins de 25 ans
Et de leurs esprits savants
Elles le nourriront.
Personne ne l'arrêtera
Tel il est écrit, tel il sera… "
Refus sembla perplexe un long moment.
- Qu'est- ce- qu'un Serina ? demanda Micocoulier.
- C'est un monstre qui ressemble à un serpent et qui se nourrit d'esprits, expliqua Refus. Mais on trouverait sans doute plus d'informations dans Les monstres des arbres, de Pandulle Orloge.
Il retourna près de sa bibliothèque, et rangea Les prophéties des sages. Il chercha quelques minutes parmi ses nombreux ouvrages, puis saisit un gros livre noir qu'il ouvrit.
- Un chapitre entier est consacré au Serina dans cette encyclopédie des monstres, dit Refus tout en feuilletant son livre. Ah ! Voilà, ajouta-t-il bientôt.
Il arracha deux pages et les donna à Micocoulier.
- Tiens, prends-les. Ca te sera utile. Et bonne chance. J'espère que tu guériras la Cariek.
- Je l'espère aussi. Et euh… bon voyage chez les humains.
Sur ce, le chef salua Refus qui s'en retourna à son livre sur les trains, puis remonta l'échelle qui le ramena au milieu des Carieks anxieux.


CHAPITRE 4

Micocoulier, dès son retour, lut attentivement ce qui concernait le Serina, seul dans sa tente avec son épouse. Il apprit donc que le Serina était une créature proche du serpent, aux écailles noires et oranges, qui vivait dans la partie haute des troncs d'arbres. Il se nourrissait des esprits d 'humains. Il y a cent ans, un chevalier elfe, Pur Astral, l'avait vaincu en y laissant la vie et chaque victime avait récupéré son esprit. Mais d'après la légende, il réapparaîtrait un jour. On pouvait le tuer avec une arme pointue qui lui transpercerait la gorge. Le Serina continuait de se nourrir d'esprits jusqu'à sa mort.
- Alors, qu'allons- nous faire ? demanda Sourie, un soupçon d'anxiété dans la voix.
- Il n'y qu'une solution. Si nous ne voulons pas qu'il y ait d'autres victimes, il faut tuer le Serina.
- Mais… Mico, c'est impossible !
- Nous n'avons pas le choix. Il faut que j'aille tuer ce monstre.
- Micocoulier, c'est de la folie ! Tu ne peux pas vaincre ce monstre tout seul !
- Je dois le faire. Si je tue la bête à temps, Illyle sera sauvée et récupérera son esprit, comme chaque victime.
A ce moment, Artly entra dans la tente en courant.
- Père, père ! cria-t-il. Illyle… elle est blanche de la tête aux pieds. Il faut faire quelque chose !
- C'est bien ce que je compte faire, murmura Micocoulier.
- Que veux-tu dire ? demanda Artly d'une voix tendue.
- Je vais aller combattre le monstre. C'est le seul moyen…
- Je viens avec toi.
- Non, fils. C'est très dangereux…
A ce moment, les lumières s'éteignirent, la pièce fut envahie d'un froid que les Carieks ne reconnurent que trop bien, puis le terrible sifflement du Serina s'éleva dans les airs, plus puissant que la première fois… Enfin, tout se ralluma.
Micocoulier, Sourie et Artly sortirent de la tente. Une jeune Cariek était étendue sur le sol, le visage blanc, sa mère sanglotant penchée sur son corps inerte.
- Une autre attaque, dit Holper, le chef d'orchestre. Que comptes-tu faire, chef ?
Micocoulier savait que tous étaient tournés vers lui. On attendait de lui qu 'il fasse quelque chose. Il répondit :
- Je dois aller combattre la créature qui vit dans le haut de l'arbre et qui est l'auteur de tout. Le Serina, le roi du mal.
Un murmure de panique parcourut l'assemblée.
- Tu ne peux y aller seul, déclara Holper. Tu mourrais.
- Il a raison, dit un Cariek.
- Il faut que les plus valeureux t'accompagnent, cria Artly. Qui veut venir ?
- Moi ! crièrent à l'unisson tous les Carieks mâles.
- Attendez ! dit Micocoulier. Je vous remercie votre aide, mais il faut que certains restent pour protéger les enfants et les épouses.
Il désigna un groupe de vingt Carieks :
- Vous, restez. Les autres me suivront. Allez chercher vos armes.
Tous lui obéirent. Micocoulier rentra dans sa tente et saisit une armure de cottes de mailles qui se trouvait sous son lit. Il l'enfila et passa son casque de fer sur sa tête. Il se dirigea ensuite vers un coffre qu'il ouvrit. Il en sortit une grande épée d'argent. Elle semblait lourde et tranchante. Le chef la fit tourner dans sa main, puis prit autre chose dans le coffre. Il s'agissait de deux petits miroirs circulaires, au cadre doré et incrusté de petites pierres rouges vifs. Il sortit alors de sa tente, et trouva les Carieks mâles , vêtus d 'armures et armés de lances, qui l'attendaient.
- Chers amis, dit-il d'une voix forte, nous voici donc prêts. Je ne vous dirait pas combien notre entreprise et dangereuse, et sachez que si vous désirez rester, je ne blâmerai pas d'être lâches. Quant à ces miroirs- il désigna les deux petites glaces rondes- je vais en offrir une à ceux qui restent.
Il lança un miroir au groupe de ceux qui ne partaient pas.
- Je garde l'autre, poursuivit le chef. Il me permettra de communiquer avec eux et ils pourront me parler grâce à leur miroir. Pour cela, il suffit de dire au miroir " Montre moi ton jumeau " et nous serons en contact. Je compte sur vous, ajouta-t-il à l'adresse des restants, pour me tenir au courant des nouvelles attaques.
Les Carieks intéressés hochèrent la tête.
- Nous voici prêts. A bientôt, je l'espère, mes amis.
Alors ceux qui partaient allèrent embrasser leurs épouses et leurs enfants.
- Sois prudent, papa, dit Eloäsa à son père.
- Je le serai.
- Toi aussi, Artly, ajouta la petite en embrassant son frère sur la joue.
- Mico, dit Sourie, fais attention à toi. Artly, sois prudent. Revenez-moi en pleine forme. D'accord, hein ?
Sa voix était rauque et des larmes remplissaient ses yeux.
- Oui, maman, répondit Artly. Tout ira bien.
- Sourie, murmura Micocoulier à l'oreille de son épouse, prends soin d'Eloäsa.
- Je te le promets.
- Au revoir.
- Au revoir.
Micocoulier rejoignit ses hommes qui l'attendaient, puis il commença à escalader la sombre paroi du tronc, suivi des Carieks, entendant toujours les adieux des épouses anxieuses.
Bientôt il n'entendit plus rien du bas du chêne. Il n'entendait que la respiration des Carieks et le battement de son cœur angoissé car, mêle s'il n 'en laissai rien paraître, il était très effrayé…



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Présentation d'Audrey B